Covid-19 : Menaces vs Opportunités ?

Comment les jeunes marques et créateurs se préparent à l’après crise ?

La pandémie du coronavirus bouleverse en profondeur le marché de la mode, des groupes les plus solides aux jeunes créateurs. Ces derniers, en particulier, sont en train de se réinventer pour faire face à cette crise inédite, en remettant en cause un système qu’ils jugent tous dépassés. Le Tsunami provoqué par le Covid 19 s’accompagne aussi de nombreux questionnements, qui auront des répercussions sur la manière de créer.

Chute drastique des commandes, âpres négociations avec les distributeurs, asphyxie financière, problèmes inextricables de production…Même si plusieurs designers peuvent compter en temps normal sur des consultations externes pour se financer, la situation a désormais changé la donne, poussant chacun à s’adapter à travers toutes sortes de stratégies.

Pour la saison à venir, @Arthur Avellano va mettre par exemple l’accent sur les accessoires et les pièces faciles, ainsi que sur un système de pré-commandes.

Revoir le fonctionnement de l’entreprise, l’offre à travers une répartition différente, surprendre » sont les enjeux qu’a décidé @Philippe Périssé.

Devenir de plus en plus local, prône @Alexandre Blanc. Plusieurs solutions sont possibles. On peut imaginer partir sur cinq looks vraiment bien définis, proposés en précommandes pour être produits autour de 40 exemplaires. Autre possibilité, produire juste quelques pièces en une cinquantaine d’exemplaires.

Avoir une boutique virtuelle en propre se révèle un élément incontournable pour ces jeunes designers, dont la majorité en était encore dépourvue.

@Victoria/Tomas quant à elle va passer à l’e-commerce à marche forcée, et adapte son modèle sur un système de pré-commandes pour faire produire des séries limitées à raison de trois pièces par mois.

Cette situation insolite permet de faire un vrai travail de fond, de travailler à distance et changer la manière des créateurs et stylistes de travailler.

Cela va pousser la mode à revenir à plus de bon sens, d’engagement, de respect pour l’humain et la planète.

Selon @Alexandre Blanc, l’enjeu de demain sera de rentrer un peu plus dans le détail. Après la culture de l’image, qui s’est imposée ces dernières années, il faut revenir à un peu plus de connaissances dans le détail. Les clients continueront d’acheter en ligne mais ils s’attendront à recevoir un produit irréprochable.

Quid des salons ?

Le 27 Mars, contrainte de constater l’importance de la pandémie de coronavirus, la Fédération de la haute couture et de la mode annonçait que les défilés de la semaine masculine et de la couture ne pourraient avoir lieu. Les autres grandes Fashion Weeks emboitaient le pas à cette communication.

Dans le sillon des événements phares que sont les semaines de défilés, c’est tout un écosystème mode et luxe qui phosphore durant ces périodes. Fort logiquement, les salons professionnels qui se tiennent en parallèle, et attendaient les décisions, ont dû ainsi annuler.

Les salons parisiens de juin annulés.

Les organisateurs des salons Splash, Man, Unique by mode City, View et Tranoi devant initialement se tenir à Paris du 26 au 28 juin ont décidé de réaliser une communication commune avec les fédérations du prêt à porter féminin, de la lingerie et de l’habillement masculin pour annoncer qu’ils n’auraient pas lieu.

Les collections du printemps-été 2021 auraient dû être présentés au mois de juin. Lors de la dernière semaine de la mode, en mars, nous avons connu une semaine déjà hyper difficile rappelle @Boris Provost. La fréquentation était très ralentie et le niveau de commandes pas au rendez-vous. Surtout beaucoup de commandes ont depuis été revues à la baisse ou annulées par les détaillants et grands magasins. La plupart des exposants ont livré leurs pièces du printemps-été 2020 mais ne sont toujours pas payés. Il y a une tension de trésorerie sur toute la chaîne. Et avec un secteur à l’arrêt, beaucoup d’exposants n’avaient pas les collections totalement prêtes pour être présentées en juin.

Au delà des confinements, c’est ce qui incite les organisateurs à annuler ou à repousser leurs événements. Il y a encore quelques jours, les acteurs du nord de l’europe semblaient imaginer pouvoir organiser leur saison. Les présentations, bien sûr, n’auraient attiré que les marques et détaillants locaux étant donné les restrictions de circulation internationales.

« Il n’est guère possible d’imaginer aujourd’hui quel sera l’effet d’esprit des distributeurs et des acheteurs en juin, en pleine période de déconfinement. Il faudra essayer de comprendre à quel moment ils seront disponibles mentalement pour acheter l’été 2021. Il y aura très probablement une dilution de la campagne de ventes jusqu’en septembre, qui deviendra le moment clou de la saison, explique le président de @Pitti Immagine. Nous avons choisi de nous positionner début septembre pour cette raison. De plus organiser notre session estivale en Octobre n’aurait pas eu de sens car trop rapprochée de la session hivernale de janvier. »

Un énorme point d’interrogation avec lequel composent tous les organisateurs pour septembre, alors que circulent déjà des rumeurs du calendrier des Fashion Weeks.  « Nous avons deux événements, le Who’s next début septembre et Première classe à la fin du mois début octobre explique @Frédéric Maus. Nous nous sommes organisés avec des équipes travaillant sur différents sujets. Et notamment différents scénarii, allant du pire à la possibilité de tenir normalement tous les événements. »

Face à l’incertitude, tous les acteurs acquiescent le fait que les marques doivent trouver des alternatives pour présenter leurs collections. Une piste : la fédération du prêt à porter masculin avait validé, avec un financement du Défi, la création d’une base de contacts d’acheteurs internationaux auxquels seraient envoyées des informations sur les marques. Celle-ci devrait être active pour le mois de juin.

Mais le recours majeur reste le digital. Certaines marques peuvent s’appuyer sur des showrooms digitaux et d’autres vont accélérer leurs projets en la matière. Même si les collections avec les difficultés de finaliser le samples sont plus réduites, présenter une série de pièces permet de garder le contact avec les clients.

Les organisateurs de salons peuvent renforcer leur solution d’ci le mois de juin. « Nous réfléchissons depuis un moment au digital, explique @Antoine Floch. Il y a déjà des services qui existent, mais nous voulions travailler à une plateforme sur laquelle notre communauté pourrait se retrouver et échanger ». Côté Tranoi, la solution digitale devrait passer par des collaborateurs avec des partenaires, alors que la semaine passée le groupe Premium a annoncé mettre sur pied une solution pour ses exposants avec Joor. De leur côté, les britanniques de Welcome Edition communiquent sur le lancement de leur showroom en ligne le 25 juin.

Le salon View, imaginé par @Hervé Huchet, @Caroline Mossot et @Sébastien de Hutten justement de Playologie, devait être autant physique que digital. La plateforme en ligne pourrait proposer gratuitement une partie de ses services pendant huit mois afin d’apporter une solution commerciale et d’attirer des marques, avant de tenir sa première session non pas à l’automne mais en janvier prochain.

Confinement sans internet ?

Le monde de la mode va-t-il se transformer en profondeur après la pandomie ?

Selon @Angela Missoni, la nouvelle génération va devenir de plus en plus sensible à l’idée de redécouvrir et de porter les vêtements rangés dans sa garde robe. La longévité est une valeur qui va prendre de l’importance.

En ce moment, @Angela Missoni planche sur une collection qu’elle prévoit de présenter en  septembre, lors de la prochaine Fashion Week de Milan. La Camera della Moda ayant annulé la saison des défilés de mode masculine qui devait avoir lieu en Juin, Missoni a l’intention de présenter un défilé mixte à l’automne, comme la plupart des autres maisons européennes.

En septembre, il faudra montrer quelque chose de différent. Nous avons l’intention de présenter un défilé, même s’il fallait réduire la jauge à 200 personnes. Peut être devrons nous nous contenter d’une présentation video dans un théâtre.

Aujourd’hui, le système de la mode implique une course effrénée, des déplacements multiples tout autour du globe – le secteur lui même porte-t-il une part de responsabilité dans la diffusion du virus ?

Pouvez-vous imaginer, il y a dix ans encore, ce que ce confinement aurait été sans internet ? s’interroge @Angela Missoni. Cette période de confinement généralisé permet-elle de se rapprocher de sa communauté par le biais des réseaux sociaux ?

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